Ouverture d'esprit

Publié le par connaitre islam

 

Nous savons tous qu'il est primordial de s'instruire, de s'intéresser, d'apprendre, de chercher, de découvrir.

Le premier mot révélé du coran fut : « Lis » pour nous montrer l'importance de la science. Cette science qui ouvre l'esprit.

Aïcha la mère des Croyants a dit : « Au début, la Révélation commença par des visions pieuses chez le Prophète durant son sommeil, et qui étaient comme une lueur semblable à la clarté de l'aurore. Puis, le Prophète se mit à affectionner la retraite et il se retira dans la grotte de Hira, où il entreprit de pratiquer des actes d'adoration pendant plusieurs nuits de suite, sans rejoindre son domicile. Il s'était pourvu d'aliments et lorsque ses provisions étaient épuisées, il retournait vers Khadidja et prenait le nécessaire pour une nouvelle retraite. Cette situation se prolongea jusqu'au jour où la vérité lui fut révélée dans cette caverne de Hira. « L'ange (Djibril-Gabriel)) le visita et lui dit : - Iqrâ ! (Lis ! Récite !) – Je ne suis pas de ceux qui savent lire, répondit le Prophète. - L'ange m'enserra au point de perdre conscience, raconte le Prophète, puis il renouvela son injonction : - Lis ! – Je ne suis pas de ceux qui savent lire. Il me saisit une deuxième fois et m'enserra au point de me faire perdre mes forces puis me relâcha en disant : - Lis ! –Je ne suis pas de ceux qui savent lire ! Lui dis-je encore. Il m'étreignit une troisième fois puis desserra son éteinte en récitant : - Lis ! Au Nom de ton Seigneur qui a créé. Il a créé l'homme d'un embryon. Lis ! Ton Seigneur est le très Généreux. » (Coran 96.1 à 3). Hadith rapporté par l'imam El Boukhari.

Le prophète souligna l'importance de l'apprentissage : selon Anas Ibn Malik, qu'Allah soit satisfait de lui, le messager d'Allah – prière et salut sur lui – a dit : « La recherche de la science est une obligation pour chaque Musulman, et certainement celui qui cherche la science, tout chose demande pardon pour lui jusqu'au poisson dans la mer. » rapporté par Al-Bayhaqiyy et authentifié par Al Albani.

Peu de temps après la révélation des premiers versets, Dieu jura par la plume : [1] Nûn. Par la plume et par ce que les scribes mettent en lignes ! Sourate de la Plume (Al-Qalam)

 

Nous savons aussi que certaines personnes ont tout intérêt à ne pas divulguer l'information, à la déformer, à cacher la vérité afin de garder un pouvoir ou une notoriété quelconque. Un proverbe arabe dit : فرق تسد qui peut être traduit par « diviser pour mieux régner ». Afin de diviser, le manipulateur monte les uns contre les autres. Il veille à ce qu'ils ne puissent pas se connaître, se côtoyer, s'échanger. Il dresse des barrières en usant de l'obscurantisme.

Pour revenir à l'islam, parmi ceux qui en parlent, combien de personnes l'ont véritablement étudié? Combien se sont-ils intéressés à son sujet? Et pourtant ils en ont peur ou tout simplement. Ils le détestent.

Nous vivons dans une époque de spécialisation. Nous faisons confiance au spécialiste. Si ma voiture tombe en panne je l'apporte chez le mécanicien. Ce dernier ne peut rien me faire si je tombe malade. Pour les sujets de société, de religion, de pensée... nous avons aussi des spécialistes ; ou disons plutôt ceux qui nous sont présentés comme tels. Nous leurs faisons bien évidemment confiance. Ces spécialistes sont invités par les médias pour donner leur point de vue sur le Moyen-Orient. Ils commentent les événements et orientent notre façon de penser.

Beaucoup d'entre nous, avant de prendre rendez-vous chez un dentiste posent la question suivante à leur entourage : peux tu me conseiller un dentiste? Ils sont prudents car ils veulent être bien soignés. Ce sens critique, pourquoi ne pas l'avoir lorsqu'il s'agit de sujets qui concernent l'homme, qui fondent la société? Est-il plus grave d'avoir une dent mal soignée ou de vivre complètement égaré, sans repère, téléguidé par d'autres?

Nous entendons tous les jours parler d'islamisme, de sunnites, de chiites, de burqa... nous sommes-nous posés la question : qu'est ce que c'est? Que veulent dire ces termes? D'où viennent-ils? Avons nous pris la peine de nous intéresser à ces sujets qui nous touchent ou sommes-nous contentés d'écouter un spécialiste, ou de porter un jugement sans fondement?

Pourquoi nous-parle t-on de l'islam tous les jours ou presque? Voilà une question qui doit nous pousser à étudier, à chercher, à découvrir.

 

Je voulais saluer les efforts d'un islamologue, un professeur dans une faculté de théologie protestante qui s'est intéressé à l'islam et nous a dit quelques phrases :

« Je vais vous parler aujourd'hui surtout d'islam. Je pense que cela n'étonnera aucun d'entre vous. Mais si j'en parle aujourd'hui, ce n'est pas seulement parce que je suis, entre autres, islamologue, mais parce que j'ai l'intime conviction que l'islam fait partie de l'histoire de l'Europe et du patrimoine européen. C'est une conviction que j'aimerais vous faire partager.

L'islam est en effet présent en Europe depuis sa naissance au 7ème siècle jusqu'à aujourd'hui de manière ininterrompue, tout d'abord en Espagne où l'islam s' est maintenu, jusqu'à l'expulsion des musulmans et des juifs par Isabelle la Catholique au 15ème s., les Balkans ayant peu avant pris le relais comme centre de l'islam d'Europe à la suite de la présence de l'empire ottoman, et l'islam y est bien présent aujourd'hui en tant que religion autochtone dans ce qu'il est convenu d'appeler l'arc vert des Balkans depuis la Bosnie jusqu'à la Turquie d'Europe, en passant par le Kosovo, la Macédoine et la Bulgarie .

Cet islam autochtone, auquel s'ajoute un islam d'installation plus récente, fait peur dans nos pays jusque dans les rangs des universitaires et y est mal accepté .

On l'accuse pêle-mêle d'être archaïque, obscurantiste, de manquer de pensée critique… d'être un repaire d'ayatollahs, comme s'il n'y avait d'ayatollahs que dans l'islam !!! et j'en passe….

Je voudrais faire justice ici de la principale de ces accusations: celle du prétendu manque de sens critique en islam.

En Europe, la pensée critique appliquée aux textes fondateurs chrétiens s'est développée au 19ème siècle, quand on s'est mis à analyser les divergences entre les Evangiles, principalement les Synoptiques et qu'on s'est mis en quête du Jésus historique qu'on oppose plus ou moins au Christ de la foi.

Un phénomène du même genre s'est produit en islam avec les divergences entre les recueils de hadiths, qui ont incité les théologiens musulmans à trouver des méthodes permettant de déterminer le degré d'authenticité des paroles du Prophète et avec les essais de reconstitution de la vie du Prophète, appelés Sîra. Nous n'étions pas au 19ème s., mais au 9ème s. ! »

 

Plus loin, il ajoute :

« La critique du hadith a été contemporaine de l'essor extraordinaire de la pensée musulmane qui allait pendant quelques siècles, en gros du 9ème au 15ème siècle gérer la modernité. Je ne voudrais pas abuser de votre patience en énumérant une longue liste de découvertes scientifiques. Mais je voudrais simplement en mentionner deux en médecine. En ophtalmologie Al-Mawcilî réussissait à Bagdad à guérir une cataracte par succion du cristallin avec une aiguille creuse, et ceci en l'an 1000. L'opération ne sera réussie en Occident qu'en 1846 par Blanchet. L'anesthésie était aussi régulièrement utilisée pour les opérations chirurgicales. On se servait d'un mélange d'alcool et de cannabis sativa qu'on administrait en infusion ou en imbibant des éponges qu'on introduisait dans la bouche ou dans la narine des patients. Le sommeil était provoqué par imprégnation directe de la muqueuse à travers laquelle les alcaloïdes passaient directement dans le sang. Pourquoi l'anesthésie n'est-elle pas passée alors en Occident et a-t-elle dû être réinventée en Europe au 19ème siècle ?C'est une question très intéressante. On pourra peut-être trouver un début de réponse dans la différence de mentalité qui à l'époque régnait entre le monde arabo-musulman et l'Europe. En Europe, les mentalités étaient imprégnées par la conception du caractère rédempteur de la souffrance, ce qui a longtemps freiné la recherche sur les antalgiques et les anesthésiques.

Les sciences humaines ne sont pas en reste. L'un des principes fondamentaux de la déontologie de ma discipline, l'histoire des religions, que j'enseigne ici depuis 27 ans, est de ne pas porter de jugement de valeur sur les religions que l'on étudie. C'est le principe du respect de l'altérité de l'autre. Ce principe a été édicté pour la première fois par un iranien iranophone et arabophone Al-Bîrûnî (m en 1048) qui était l'astrologue du sultan Mahmoud de Ghaznî et qui était entré avec lui en Inde. Là, il se mit à étudier, il avait déjà dépassé la cinquantaine, le sanskrit sous la direction de maîtres indiens. De ses lectures dans le texte et de ses observations sur le terrain est sorti un livre magnifique le Târîkh al-Hind, "l'histoire de l'Inde", l'une des rares sources extérieures et fiables sur l'Inde et l'hindouisme du Moyen-Age. »

 

Puis il donne des précisions sur la charia :

« Venons maintenant à la charia, qui est ressentie par certains de nos contemporains comme l'essence (le nec plus ultra) même de l'obscurantisme islamique. Là aussi, il faut rétablir les faits. La charia est en constante mutation, ce n'est pas un bloc monolothique, elle a constamment été réinterprétée, et ce de manière plurielle.

Le grand aggiornamento de la charia a été effectué au 19ème siècle et au début du 20ème s. par Mohammed Abduh (1849-1905) et Rashid Rida (1865-1935). Je vais vous donner deux exemples pour vous montrer jusqu'où ces deux grands réformateurs de l'islam sont allés et combien leur interprétation de la charia est encore d'actualité. Rachid Rida à la suite de son maître introduit une distinction fondamentale en matière de lecture de la charia, entre les actes d'adoration ('ibâdât) et l'éthique sociale (mu'âmalât), ou encore entre le cultuel et le social. Le culte a été codifié de manière définitive par le Coran et la Sunna et ne saurait être réformé. Par contre la structure complexe des relations humaines n'a pas été fixée en détail et de manière défintive par les textes sacrés. C'est donc la tâche des théologiens de chaque époque de réfléchir en fonction de leur époque et de leur société sur le caractère licite ou illicite de telle ou telle pratique, en faisant prévaloir les principes les plus généraux sur les injonctions particulières. »

 

Il s'agit du professeur Ralph Stehly. Si vous voulez lire son texte en entier, lisez ceci http://stehly.perso.infonie.fr/leceon.htm

Pour en savoir plus sur sa biographie et ses publications, suivez le lien http://www.premiumorange.com/theologie.protestante/enseignants/stehly.php

 

Je voudrais saluer l'ouverture d'esprit du professeur et inciter chaque personne à chercher, à découvrir et éviter de porter des jugements sur un sujet avant de l'avoir étudié.

Publié dans science

Commenter cet article